La coalition, une spécialité allemande ?

De Hugo-Louis Leclerc

« Das Ergebnis der Bundestagswahl verstehen unsere drei Parteien als Auftrag, eine gemeinsame Regierungskoalition zu bilden. »

« Nos trois partis interprètent les résultats des élections un devoir de former ensemble un gouvernement de coalition. »

A l’issue de plusieurs semaines de négociations par groupes de travail thématiques, la gauche du SPD, les verts et les FDP libéraux, présentaient mercredi un contrat de coalition. Ce programme commun de gouvernement aborde des mesures et points concrets qui guideront leur action commune au pouvoir.
Les orientations qu’ils présentent sont le fruit de négociations et compromis entre tous, entamées au lendemain des élections qui avaient placé le SPD en tête. On parle d’une coalition feu tricolore: rouge du SPD, jaune-orange des FDP et Verts..des verts. La CDU est hors-jeu, pourtant arrivée seconde des élections, les trois partis ayant préféré approfondir les négociations en trio pour une majorité au Bundestag. Cette coalition va donc porter au pouvoir un chancelier issu de la force arrivée en tête, le socialiste Olaf Scholz.

Pensons-nous pouvoir un jour voir cela en France, à savoir par exemple une alliance LREM, PS, EELV? Peu probable, d’abord puisqu’on concentre nos efforts à faire émerger une majorité directement dans les suffrages; nul besoin ensuite de composer. En tous les cas, la culture de l’opposition en France est relativement forte pour espérer voir une coalition qui transcenderait vraiment le clivage droite-gauche.
A quelques jours du lancement d’une maison commune de la majorité autour de LREM, le Modem, Agir et Horizons notamment, on parle à raison de majorité élargie et non de coalition. Notre culture du compromis et les alliances se concentre entre forces politiques relativement proches, pas sur une coalition résultant de compromis entre droite, gauche et centre.
En élargissant la majorité, le but est de construire une alliance, pas une coalition.

En Allemagne, les partis ne sont pas assez proches pour faire des alliances. Ce sont des blocs bien définis aux convictions souvent cloisonnées. Il est donc d’autant plus surprenant de constater qu’ils arrivent à coaliser. Le tout réside dans le fait que l’on distingue en Allemagne les idées de la nécessité de gouverner lorsque l’on est porté au pouvoir. Il y a ne surtout de s’allier pour gouverner. En Allemagne, la présidentielle n’existe pas, les législatives sont les élections qui débouchent simultanément sur la formation du gouvernement et de la nomination du chancelier.
Le gouvernement émane de la chambre basse du Parlement: les députés élus pour une part à la proportionnelle élisent le chancelier et les ministres doivent être députés.
En France, un ministre n’est pas toujours député et peut venir de la société civile. Il y a des points positifs à cela, notamment pour remédier à la professionnalisation de la vie politique, point que défendait le candidat Emmanuel Macron en 2017.

Tout n’est cependant pas tout rose au pays de la coalition. D’abord parce que les négociations sont souvent rudes et qu’elle restent très politiques, cela reste des tractations pour les différents postes clés. Autre point épineux: trouver un compromis entre des libéraux et des écologistes ayant des antagonismes certains sur l’économie et les moyens de l’Etat pour financer son économie, son endettement. Le compromis ne serait pas alors sur certains points un renoncement ? Les électeurs des Verts allemands n’ont-ils pas été floués par les renoncements de leur parti en cédant par exemple le poste clé du Ministère des finances aux libéraux ? Rien n’est moins sûr.

Il n’en reste pas moins que par leur coalition, les trois partis reconnaissent que les suffrages ont exprimés différentes sensibilités et qu’elles doivent se refléter dans la mandature qui s’ouvre. Il y a là une volonté de tirer d’une élection des leçons plurielles sans ne chercher que le sacre d’un parti ou d’une vision.

Retrouvez prochainement sur notre site une série d’articles présentant les lignes directrices du contrat de coalition fraichement signé entre le SPD, la FDP et les Verts.

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