A la recherche de sa boussole, l’Allemagne ne veut pas devenir le mauvais élève

Par Léandre Lepers

Le printemps dernier en France, quand les signaux viraient au rouge écarlate et que des patients français traversaient une frontière fermée au reste de la population afin de trouver une place dans un hôpital allemand, on se demandait ce qui faisait de l’Allemagne un élève modèle en Europe.

Sortie de la crise économique 2008, gestion de la vague migratoire en 2015 et aujourd’hui COVID, l’Allemagne, par une gestion rationnelle des crises et peut-être moins théâtrale qu’en France a souvent fait figure de bon élève.

Un bon nombre d’éléments pouvaient expliquer cette bonne copie allemande du printemps dernier :

La chance : L’Allemagne n’a pas connu de cluster provoquant une chaîne secrète de contaminations effrénée au début de la pandémie comme l’a connu la France dans l’Est. Les clusters allemands ont très vite étés circonscrits.

Une décision : très tôt, l’Allemagne a testé, isolé, cassé des chaînes de contamination et ainsi évité un nombre de décès liés au covid plus important.

Une structure idéale : décentralisé, moins bureaucratique, réactif et plus souple, le modèle fédéral allemand a bluffé toute l’Europe de son efficacité.

Par la place importante qu’accorde le pays à la science, le respect de la population envers la chose politique, ses recommandations, l’Allemagne a su contenir la première vague plutôt sereinement.

Néanmoins, après un été d’insouciance, Merkel dût, à l’instar de ses homologues européens, reprendre des mesures restrictives au début de cet automne afin d’éviter une deuxième vague pourtant déjà inévitable.

Fermetures des bars et restaurants, commerces ouverts et pas d’attestation pour sortir mais un appel clair à toute la population, comme lors de la première vague : restez chez vous.

Aujourd’hui, alors que l’Europe se prépare à un relâchement progressif des mesures prises, notamment la France qui rouvre ses commerces, l’Allemagne, elle, resserre l’étau et prend de nouvelles mesures restrictives. Le nombre quotidien de nouvelles contaminations s’est stabilisé mais à un niveau trop haut. Le deuxième appel de la chancelière ne serait-il cette fois-ci pas passé ?

A quelques semaines des fêtes, le gouvernement allemand navigue à vue et tente à contre-courant d’éviter une catastrophe à la fin du mois. Il n’est pas question alors de se positionner sur le mois de janvier. Pourtant, cette transparence, cette planification sont les pierres angulaires d’un message qui passe mieux à la population et qui permet donc de rendre effectives les recommandations du gouvernement.  C’est notamment ce qui avait réussi à Angela Merkel au printemps dernier, alors que son manque faisait défaut au président français.

Armin Laschet, président du Land de Rhénanie-Westphalie et potentiel futur successeur d’Angela Merkel déclarait récemment que le pays devait se doter pour le mois de janvier de « nouveaux concepts intelligents, afin de permettre une vie avec la pandémie ». Il estime également que sur le long terme, les fermetures et restrictions anéantissent l’Etat et non pas qu’à cause d’un moral de la population en berne mais surtout pour des raisons économiques, l’Etat « ne pouvant pas verser des milliards et des milliards chaque mois ».

L’Allemagne qui profitait de ses fonds de tiroir au printemps dernier pour compenser les fermetures des commerces arriverait-elle à bout de ses économies ?

Pour sa survie économique mais aussi pour ne pas perdre le regain de confiance dont profite Angela Merkel (la chancelière bénéficie d’une côte de popularité de 82%) dans ce moment si décisif qui consiste à endiguer la deuxième vague et faire accepter le vaccin à la population plutôt que le rendre obligatoire, l’Allemagne doit se trouver un second souffle et une nouvelle ligne de conduite.

There are no comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Start typing and press Enter to search

Shopping Cart