CDU – who ?

Le 33ème congrès de la CDU, le plus grand parti d’Allemagne, commence ce vendredi. Après presque deux décennies avec Angela Merkel à la tête du parti et du pays, une nouvelle ère s’ouvre pour la CDU. Trois candidats se disputent cette place et présentent des projets très différents pour leur parti et pour l’Allemagne. Mais l’élection d’un nouveau président ce week-end est bien plus qu’une question de personnage politique. Il s’agit du repositionnement d’un parti qui, pendant des décennies, s’est concentré sur la figure politique de Merkel et le tournant du parti qu’elle a impulsé, vers le “centre”. Beaucoup en Allemagne se demandent ce que la CDU représentera encore réellement dans la période qui suivra l’ère Merkel. Moritz nous donnera un aperçu de la situation. Il est membre de la CDU et des organisations de jeunes et d’étudiants du parti depuis plusieurs années. À la fin de ses études, il s’est impliqué dans la politique de l’éducation pendant deux ans en tant que président de l’Union des élèves de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et a appris à connaître ce parti à différents niveaux. Moritz étudie actuellement le droit international et européen à l’université de Cologne et n’est chargé d’aucune fonction dirigeante au sein de la CDU ou de ses organisations. Nous espérons donc qu’il nous fournira une analyse complète et approfondie de congrès. L’objectif est de montrer l’énorme influence que ce congrès aura sur les élections au Bundestag à l’automne, sur l’avenir de l’Allemagne et donc aussi sur l’avenir du tandem franco-allemand. Cette première série d’éditoriaux sur le congrès de la CDU sera suivie cette année par une deuxième série d’articles sur les élections fédérales de septembre 2021. Tous les autres partis et leurs candidats seront alors également mis en évidence ici.

De Moritz Josef Jacobs

En Allemagne, la CDU (Union chrétienne-démocrate) représente l’un des derniers partis populaires d’Europe – une espèce menacée d’extinction. Depuis 15 ans maintenant, la CDU s’implique continuellement dans le gouvernement et, depuis 2005, elle a propulsé au pouvoir la chancelière Angela Merkel, qui jouit d’une grande réputation internationale. En 2013, avec le parti frère CSU (Union chrétienne-sociale), elle a réussi à obtenir un résultat électoral national de près de 40 %. Un résultat qui pourrait en faire languir plus d’un. Historiquement, elle a fourni le plus grand nombre de chanceliers et a notamment été à la tête de la République fédérale d’Allemagne 51 ans de ses 71 ans d’existence. La CDU, on peut le dire, est sans doute le parti pilier dans le spectre des partis de l’Allemagne moderne – the grand old party.

Cependant, la CDU est désormais confrontée à un problème.

Car après 18 années à sa tête dont 16 au pouvoir du pays, la première femme chancelière se retirera de la vie politique en septembre prochain. A la fin de l’ère Merkel se pose non seulement la question de la direction d’un parti, mais aussi une question d’identité. Pendant les années où Merkel a été à la tête de l’Union, la vie de la CDU s’est essentiellement concentrée sur elle, en tant que figure politique de premier plan. Merkel n’a pas seulement éliminé les figures de proue du parti en tant que politicienne avisée du pouvoir, elle a également transformé le parti en profondeur. En 2011, par exemple, elle a fait un virage à 180 degrés sur la question de l’approvisionnement en énergie nucléaire, pour en arriver à une élimination complète de celle-ci cette année-là. Pendant les années de la crise financière en Europe du Sud, elle a accepté des paquets financiers de grande envergure qui ont conduit à des débats vifs au sein de son parti et à la formation d’un nouveau parti à la frange droite de la CDU – l’AfD (Alternative pour l’Allemagne).

Enfin, à l’été 2015, la chancelière s’est engagée sur une nouvelle voie avec sa décision en faveur de l’ouverture des frontières et l’afflux de millions de réfugiés du Moyen-Orient dans l’œil de la tempête de ce qui est sans doute l’un des débats les plus passionnés de l’histoire de la République fédérale. D’un parti chrétien conservateur au profil économique libéral au début du nouveau millénaire, Angela Merkel en a fait un parti centriste qui a élargi son spectre loin dans la direction des questions sociales-démocrates et écologiques de gauche.

 Ces profonds changements ont laissé la population et ses quelque 400 000 membres en plein doute: que représente cette CDU ? Le parti dirigé par Merkel a-t-il cédé du terrain politique à la gauche ou a-t-il capté les courants sociaux nécessaires ? Et surtout : que va-t-il advenir de la CDU, après presque deux décennies de Merkel ?

C’est une question sur laquelle l’actuelle présidente du parti, Annegret Kramp-Karrenbauer, a échoué. Elle a annoncé sa démission en février 2020. Le champ est maintenant plus ouvert que jamais. Pour la première fois, un parti qui a pu à juste titre invoquer son unité dans les nombreuses crises de la République fédérale et qui a remporté des élections avec la promesse d’une continuité se trouve maintenant face à un véritable choix à prendre. Un choix entre trois hommes. Car le vide personnel et idéologique au sommet du parti doit maintenant être comblé par l’un des trois candidats qui prétendent tous détenir le plan – supposé juste – de la CDU pour les 20 années à venir : Armin Laschet, Friedrich Merz et Norbert Röttgen.

C’est pourquoi, à la fin de cette semaine, il ne s’agit pas seulement du devenir d’un parti quelconque. Les 15 et 16 janvier, c’est la direction du parti allemand qui sera en jeu. Une question de leadership de dimension internationale. Il s’agit de savoir qui siègera pour ce parti en tant que prochain chancelier et dans quelle direction il fera avancer l’Allemagne et l’Europe.

Ce sera décidé vendredi et samedi par 1001 délégués lors d’un congrès entièrement numérique, un fait totalement inédit pour un parti allemand. Au cours de la phase préparatoire, les candidats ont été présentés individuellement et, ensemble, lors de séries de présentations sur les canaux du parti, les plus de 400 000 membres de la CDU ont pu y participer, parfois en direct, avec des questions. Néanmoins, une chose ne doit pas être oubliée : le large débat public dans la société et parmi les nombreux membres de la CDU, les rapports généraux et les sondages réguliers ne sont ici (si tant est qu’ils le soient) que partiellement décisifs. Car si, samedi, les 1001 délégués du congrès du parti fédéral voteront d’abord par voie numérique, puis par correspondance, ce sont en réalité 1001 porteurs de mandats et fonctionnaires du parti le feront. Bien plus qu’on ne le croit, cette élection est aussi simplement une question de pouvoir politique, de majorité. Il n’est pas toujours évident de savoir qui peut dessiner ces majorités pour lui-même – aussi faut-il être prêt à faire face à des surprises ce week-end.

Retrouvez demain le premier portrait de l’un des trois candidats, Armin Laschet.

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