D’excuse à auto-approbation, cela tangue de chaque côté du Rhin

De Léandre Lepers – image anews.com

Le 23 mars dernier, au beau milieu de la nuit, Angela Merkel annonçait les nouvelles mesures prises pour contrer la troisième vague qui s´annonce en Allemagne : le très léger déconfinement entamé s’arrête net (avec la possibilité de reprendre même les mesures alors en vigueur avant le déconfinement si la situation s’aggrave sérieusement) et surtout, le pays est mis sous cloche pour le week-end de Pâques.

Cette prise de décision semblait avant tout tomber de nulle part : le gouvernement allemand qui ne s’est pas montré le plus restrictif en Europe depuis le début de la crise  – puisqu´il n´y jamais eu de confinement à proprement parler – décida alors de mettre le pays sous cloche pendant le week-end de pâques.

En Allemagne, les décisions pour contrer le Covid sont prises lors de conférences réunissant la chancelière et les 16 présidents des Länder. Celle-ci ne se termine pas tant qu’un consensus n’a pas été trouvé. Typisch deutsch. Ce n’est pas le moyen le plus démocratique pour prendre de telles décisions impactant la vie de millions d’Allemands, certes. Mais il est déjà plus consensuel que le conseil de défense franco-francais.  

Défendant généralement une ligne plus restrictive que les présidents de Länder lors de ces réunions devenues presque hebdomadaires, Merkel a obtenu la nouvelle fermeture des commerces non-essentiels, la fermeture les commerces alimentaires (à l’exception du samedi), et le maintien des campings fermés, afin d´éviter tous déplacements interrégionaux. Ces mesures poursuivent donc indirectement l’objectif de restreindre la liberté de déplacement des Allemands.

Très vite, et alors que les partis de l’opposition font habituellement preuve de pragmatisme et se rangent derrière les décisions prises lors de ces réunions, l’incompréhension et les critiques prirent de l’ampleur. A l’image de la tête du parti libéral FDP, Christian Lindner, regrettant que les décisions tournent encore autour du « restez à la maison », un an après le début de la pandémie.

Derrière un très classe mea-culpa à la hauteur du personnage politique exemplaire qu’est Angela Merkel depuis qu’elle est au pouvoir, se cache aussi un certain aveu d’impuissance.

Convaincu ou non par l’idée de contraindre les gens à rester chez eux (le principe de rester chez soi, voir le moins de monde possible semble pourtant avoir fait ses preuves, indépendamment des dégâts collatéraux que de telles mesures ont sur le long terme), avec cette demi-mesure planait avant tout un doute quant à sa réelle efficacité et sa mise en pratique juridique. C’est ainsi que Merkel rebroussa chemin, 24h à peine après l’annonce des mesures. Sûrement soucieuse de désormais privilégier l´image de son parti – souffrant déjà d’une crise politique importante depuis quelques mois suite à l’affaire des masques – à la sienne – car étant en fin de mandat, Mutti n’a plus rien à jouer à titre personnel-, cette dernière prit alors l’entière responsabilité de ce retournement de veste, allant jusqu’à demander pardon aux Allemands. Un pardon si sincère qu’il provoquerait même du pathos.

Le problème c’est que derrière ces excuses, se cache le reflet d’une force politique dorénavant complétement dépassée. Inexistante jusqu’à là, la stratégie de test allemande est désormais presque inexistante. Chaque citoyen a droit à un test offert par semaine, dans l’un des centres à test mis à disposition. On est bien loin de la massive stratégie française, avec laquelle tout le monde peut se faire tester n’importe quand, gratuitement et presque n’importe où puisque quasiment toutes les pharmacies proposent des tests antigéniques. Il est aussi facile de se faire tester du covid que d’acheter une baguette. Une lacune que l’Allemagne paye depuis quelques mois. Car même si la France ne s’en sort pas mieux aujourd’hui malgré sa stratégie conséquente, le dépistage massif aura au moins eu le mérite de sûrement casser des chaines silencieuses d’asymptomatiques. Et elle permettra de mieux faire passer la pilule aux français lorsque les bars et restaurants rouvriront sur présentation d’un pass vaccinal… ou d’un test négatif.

Sur sa stratégie vaccinale, et cela s’apparente être un mal européen, l’Allemagne patine également. Ce retard provoque l’impatience de la population, à laquelle le gouvernement tente de réagir, en bricolant.

Tandis que des vaccinodromes sont longtemps restés inutilisés par manque de dose – prendre un bazooka pour tuer une mouche -, demain ce sont les médecins qui pourront vacciner alors que les doses arriveront en masse et que les vaccinodromes prendraient tout leur sens – prendre une tapette à mouche pour tuer un éléphant. Inviter seulement maintenant les médecins à la danse semble être plus un moyen de calmer l´ébullition qu’un moyen d’augmenter sensiblement le nombre d’injections.

La France n’est pas beaucoup plus avancée que l’Allemagne sur sa vaccination, certes, mais elle semble faire les choses dans l´ordre. D’abord, les hôpitaux ont vacciné, puis les médecins, les pharmacien.nes et demain, quand les doses arriveront en masse, ce seront des vaccinodromes qui compléteront l’offre.

Néanmoins, la France souffre aussi. Les taux d’incidence s’envolent, les hôpitaux sont de nouveau surchargés et le décès moyen de 250 personnes par jour semble désormais s’être banalisé. Et pendant que Merkel s’excusait auprès des Allemands, Emmanuel Macron affirmait son choix de ne pas reconfiner l’entièreté du pays : « Je peux vous affirmer que je n’ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d’échec ». Le taux d’occupation des lits de réanimation dans les Hauts de France s´élève à 115%, le nombre de malades en réanimation en Ile de France dépasse le millier, l’âge moyen des entrant en hôpital baisse de manière inquiétante et la France s’approche tristement mais sûrement de la centaine de millier de décès liés au covid. Le personnel hospitalier lui n’aura pas de mal à affirmer un constat d´échec.

Excuses ou auto-approbation, le constat est le même en France comme en Allemagne : la situation est critique. Mais l’espoir est permis. La vaccination est efficace comme nous le prouve Israël et sur ce sujet, malgré des débuts difficiles, nous sommes sur la bonne voie.

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