La présidence allemande du Conseil de l’Union face à la crise du coronavirus: une façon de relancer la construction européenne?

Par Léa Douchet

Le premier juillet 2020, la porte de Brandebourg à Berlin revêtait les couleurs de l’Union Européenne annonçant la présidence allemande du Conseil de l’Union Européenne et succédant ainsi à la Croatie.

Gemeinsam. Europa wieder stark machen ; Ensemble pour la relance de l’Europe, c’est le slogan ambitieux choisi comme ligne directrice pour ces 6 mois de présidence à la tête de l’organe législatif représentant les gouvernements des pays membres. Si les trois pays qui se succèdent tour à tour à la tête du Conseil établissent ensemble les lignes directrices de l’année à venir, le programme de la République Fédérale allemande a été complètement bouleversé à la suite de la pandémie Covid-19.La situation sanitaire et la crise économique qui l’accompagne menacent le marché commun européen et ont ainsi poussé l’Allemagne à placer le rétablissement de l’économie en tête des priorités de la présidence.

Des attentes très hautes pour Angela Merkel

Si Angela Merkel n’aura pas formellement un rôle politique à jouer lors de cette présidence, ses ministres étant chargés de présider les différentes formations du Conseil en fonction de leur spécialité, c’est bien sa politique qui sera scrutée en filigrane. La doyenne des dirigeants européens en termes d’expérience au pouvoir est en effet sortie renforcée de la crise du coronavirus. L’Allemagne a en effet réussi à limiter la propagation de l’épidémie tout en gardant un haut niveau de production pendant la crise sanitaire.

S’il y a quelques mois, ce dernier mandat à la chancellerie semblait être celui de trop pour beaucoup d’allemands, le changement radical dans la politique économique allemande a redoré le blason d’Angela Merkel.

Avec une mobilisation de capitaux équivalant à 40% de son PIB, l’Allemagne est le pays européen ayant déployé le plus de moyens pour sauver son économie, marquant ainsi une rupture avec les politiques de rigueur budgétaire. Le ministre de l’économie allemand Peter Altmeier déclarait en ce sens que l’Allemagne « serait la locomotive conjoncturelle de l’Europe ». Une affirmation un brin péremptoire ? Si l’Allemagne est souvent accusée de vouloir faire cavalier seul ou d’imposer sa politique aux autres états membres comme lors de la crise des réfugiés de 2015, force est de constater que la crise du Covid-19 semble avoir enfin laisser naître l’idée d’une forme de solidarité européenne, du moins sur le plan économique. Ainsi, la proposition franco-allemande d’un plan de relance de 500 milliards d’euros financé par une dette commune des pays européens et émise par l’Union Européenne permettrait-elle de relancer les secteurs économiques et les régions ayant le plus souffert de la crise sanitaire. 500 milliards de subventions et un changement radical dans la politique allemande qui marquent un point de rupture avec les politiques d’austérité que le pays avait pu tenir vis-à-vis de la Grèce lors de la crise des dettes souveraines. S’inspirant de ce projet, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a d’ailleurs proposé un plan de relance de 750 milliards d’euros profitant aux régions les plus touchées et basé sur une dette commune pour traverser la crise.

Un plan de relance ambitieux mais nécessaire pour l’Allemagne

Si l’Allemagne place donc la relance économique européenne en tête de ses priorités, il ne sera néanmoins pas simple de mener à bien les politiques envisagées. La raison ? Réussir à convaincre les états réputés « frugaux » d’accepter un endettement commun pour aider les pays d’Europe du Sud plus durement touchés. L’Autriche, les Pays-Bas, la Suède et le Danemark s’opposent en effet aux subventions leur préférant des prêts remboursables. Un sommet européen (à ne pas confondre avec le conseil de l’Union Européenne !) réunissant les chefs d’états aura d’ailleurs lieu les 17 et 18 juillet pour tenter de s’unir autour d’une solution efficace. Celle-ci pourrait être ainsi ensuite débattue, entre autres, lors des réunions du Conseil de l’UE que les ministres allemands spécialisés présideront. Si l’Allemagne soutient ce plan de relance inédit dans l’histoire de l’Union Européenne, ce n’est néanmoins pas par pure générosité. Le modèle de croissance allemand s’appuie en effet sur les exportations et la santé économique du pays est donc intrinsèquement liée à celle de ses partenaires de commerce. En 2018, selon la Banque Mondiale, les exportations de biens et de services représentaient en effet près de la moitié du PIB du pays (47,42%) et 60% de celles-ci se faisaient avec les pays de l’Union Européenne. Une chance de relancer la construction européenne en développant la solidarité entre les états mais également une nécessité pour l’économie allemande.

De (très) nombreux dossiers sur la table

Si la santé économique de l’union douanière est donc la priorité pour la présidence allemande, ce sujet devra néanmoins rapidement être traité puisque de nombreux autres sujets attendent la présidence allemande. En effet, le 31 octobre 2020, le Royaume-Uni quittera définitivement l’Union Européenne, qu’un accord soit trouvé ou non.

De nombreux objectifs à plus long terme sont également sur la liste du programme de la présidence.

Ainsi, le Green Deal voulu par la Commission Européenne et qui vise la neutralité carbone en 2050, sera un défi pour l’Allemagne et les deux pays qui succèderont à sa présidence, le Portugal et la Slovénie. Ursula von der Leyen devrait d’ailleurs présenter durant l’été un plan plus précis pour atteindre cet objectif d’économie décarbonée. Les négociations en vue de l’adoption du budget de l’Union Européenne 2021-2027 remanié en raison de la crise sanitaire et économique seront également un point saillant de ces six mois de présidence. Enfin, les relations avec le géant chinois seront également un important dossier pour le Conseil de l’UE. Défendre les intérêts européens tout en reconnaissant l’interdépendance avec l’économie chinoise pour établir une coopération dans des domaines aussi fondamentaux que la crise Covid-19 ou la transition écologique semble en effet être devenu décisif pour permettre à l’Union Européenne d’avoir un poids sur l’échiquier politique mondial. Si le sommet UE-Chine qui devait se tenir en septembre à Leipzig a dû être reporté en raison de la situation sanitaire, les négociations seront donc très importantes en vue d’atteindre un accord entre les deux régions du monde.

C’est donc une présidence très attendue que celle de l’Allemagne au Conseil de l’UE. Face à la crise économique et sanitaire, le pays pourrait tenter de redorer son blason auprès des autres pays européens. Mais de nombreux autres sujets de fond ne sont pas à oublier tels que l’agenda numérique ou encore la politique d’immigration et d’asile qui suscitent de nombreuses crispations parmi les gouvernements. Si l’ensemble de ces dossiers ne pourront être traités en six mois, le travail avec le Portugal et la Slovénie est donc primordial. L’Allemagne devra tenter pendant sa présidence de mener les gouvernements vers la sortie de crise, la crise économique la plus dure de qu’ait connue l’Union Européenne. L’Histoire a montré que la construction européenne se renforçait face aux crises, celle du coronavirus pourrait être une façon de relancer l’idée d’une union autant politique qu’économique.

A propos de l’auteure

Léa Douchet est étudiante à SciencesPo Paris, sur le campus franco-allemand de Nancy.

Photo : Bundesregierung/Plambeck

There are no comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Start typing and press Enter to search

Shopping Cart