La relation franco-allemande à travers la crise du COVID-19: entre exemples de solidarité et paradoxes inquiétants

Par Nathanaël Saison

Avec la prise en charge de plus de 200 patients européens dont 130 patients français pour désengorger et dé-saturer les hôpitaux de l’est de la France, le ministre de la santé allemand Jens Spahn marqua par ce geste fort notre communauté européenne et exprima la conception allemande de la solidarité européenne. Ce fut plus qu’un geste fort, car l’ardoise de la prise en charge de ces patients s’élève à environ 20 millions d’euros, celle-ci complètement prise en charge par la république fédérale.

« La capacité, si besoin, d’accueillir d’autres patients européens est là. Les coûts seront pris en charge par la république fédérale, c’est notre conception de la solidarité européenne » 

Jens Spahn

Néanmoins, cet exemple de solidarité est malheureusement peut être un peu trop passé inaperçu. En effet, après vécu d’énormes tensions le siècle dernier, nous ne pouvons que nous réjouir de vivre aujourd’hui dans une Europe en paix et solidaire dans cette crise comme le montre cet exemple. Nos ancêtres n’auraient probablement pas pu imaginer ce scénario. L’Europe n’est pas seulement un partenariat économique mais aussi l’exemple que les pays peuvent s’entraider.

Menée par une politique ferme notamment grâce à l’appui du Professeur Christian Drosten, directeur de l’institut de virologie de l’hôpital universitaire de la charité de Berlin, l’Allemagne fait figure d’exemple dans sa gestion de l’épidémie de Covid-19.

Déjà connu de la communauté scientifique pour ses excellents travaux en 2003, alors seulement post-doc à l’institut Bernard-Nocht de Hambourg, Christian Drosten s’affirme comme l’un des plus grands experts en infections respiratoires à coronavirus mais se distingue surtout par sa rigueur dans ses décisions en matière de santé publique. Aujourd’hui, parfois très critiqué pour ses positions très rigoureuses, le gouvernement allemand ne peut que se réjouir d’avoir pu bénéficier très tôt de tests développés début janvier 2020 selon le protocole de la charité, aujourd’hui protocole standard utilisé dans le monde entier.

Torturée par un débat public autour de l’utilisation de l’hydroxychloroquine (plaquenil®), qui jusqu’aujourd’hui n’a apporté aucunes conclusions, la France se retrouva bien souvent sans leader scientifique et impuissante face à la marée de patients en réanimations dans les hôpitaux parisiens et de l’est de la France. Peu de consensus ont pu être trouvé entre scientifiques et souvent les débats scientifiques sur les chaînes d’informations n’ont fait qu’envenimer la situation mais surtout développer une méfiance de la population vis-à-vis de l’exécutif et des élites médicales.

A contrario de cet exemple de solidarité européenne, la recherche médicale européenne se montre très décevante. L’infectiologue franco-iranien Yazdan Yazdanpanah, après avoir lui-même passé plusieurs semaines en soins continus dans son propre service en maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Bichat à Paris, déplore et fustige un grand échec européen dans la recherche thérapeutique contre la COVID-19 dans une tribune du Monde.

En effet, l’essai « Discovery » coordonné par le consortium REACTing devant permettre d’évaluer plusieurs thérapeutiques dont la controversée « hydroxychloroquine » n’avait pu inclure que 758 patients sur 3200 espérés au mois de Mai, dont un seul hors de l’hexagone. Annoncé par le président Emmanuel Macron, les résultats de cette étude se font toujours attendre…

« Sur les essais cliniques, l’Europe est un échec »

Yazdan Yazdanpanah

Outre-rhin, on compte plus d’une cinquantaine de projets de développement thérapeutique en partenariat avec les industriels notamment Merck, Novartis ou encore Sanofi. Cette dernière firme pharmaceutique française pose un certain problème et fit ces derniers temps polémique en déclarant par l’intermédiaire général du groupe début Mai vouloir favoriser en priorité les Etats-Unis sur une vaccination potentielle. Des propos jugés inacceptables par l’exécutif français pour qui « l’égal accès de tous au vaccin n’est pas négociable ».

Un vaccin, considéré par le professeur Christian Drosten comme une possibilité de sortie de l’épidémie. C’est pourquoi, l’Allemagne se prépare à une possible vaccination progressive de la population.

En revanche, elle mise plutôt sur un projet allemand par l’intermédiaire de la start-up CureVac basé à Tübingen. L’état fédéral allemand a notamment déboursé plus de 300 millions d’euros et les premiers essais vaccinaux ont débuté au début du mois de juin à l’hôpital universitaire de Tübingen sous la direction du professeur Peter Kremsner. CureVac avait notamment défrayé la chronique en refusant l’offre de Donald Trump voulant obtenir un monopole américain pour un vaccin en rachetant ses recherches. Néanmoins, il faut être patient et attendre au moins 2021 pour des résultats efficaces et sûrs.

Au-delà de la compétition entre industriels pour développer un vaccin ou une thérapeutique efficace, nous espérons une solution efficace et sûre pour sortir de cette crise. La coopération européenne de nos universités et institut de recherche reste néanmoins très limitée.

Plusieurs interrogations se posent maintenant devant nous. Pourquoi si peu de communications entre scientifiques européens ? Quelle est la place de la santé publique dans le débat européen ?

Les récentes déclarations européennes ont essentiellement porté sur un plan de relance économique et sur un emprunt commun. Néanmoins, l’épidémie de Coronavirus est loin d’être terminée, il apparaît donc essentiel de coordonner l’évolution épidémiologique des nouvelles infections et d’instaurer des règles sanitaires au niveau européen, notamment avec les entrées et sorties dans l’espace Schengen.

D’autre part, une seconde vague semble pour une majeure partie de la communauté scientifique inévitable. Ainsi, il est plus que nécessaire de travailler main dans la main pour trouver une issue rapide à cette crise, une thérapie efficace ou un vaccin.

A propos de l’auteur

Nathanaël est étudiant en cinquième année de médecine à l’Université de Duisburg-Essen (Allemagne) et doctorant en maladies infectieuses à l’Université Eberhard Karls de Tübingen (Allemagne). Il suit de près depuis février l’évolution de l’épidémie de coronavirus notamment en France et en Allemagne. Il s’est porté volontaire en réanimation pour renforcer les hôpitaux parisiens pendant le mois d’avril

Crédit image : Jean-Pierre Bazard

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