L’année des Verts ?

De Déborah Aimionowane

Dans le cadre des élections au Bundestag du 26 septembre 2021 et dans la lancée de la semaine d’articles consacrées aux primaires de la CDU de janvier dernier, la Denkfabrik vous propose une nouvelle série d’articles présentant les enjeux de ces élections, les candidat.e.s ainsi que leur programme. Par soucis d’équité, les articles portant sur les candidat.e.s ont chacun été écrits par des étudiants et étudiantes membres des partis en question.

Au printemps 2021, Annalena (Charlotte Alma) Baerbock a été désignée comme la première candidate verte à la chancellerie en Allemagne. Elle est, depuis la première élection du Bundestag en 1949, la deuxième femme après Angela Merkel à se présenter à cette plus haute fonction gouvernementale et défend une “politique de départ”. Annalena Baerbock est la plus jeune des trois principaux candidats et, en même temps, la deuxième plus jeune dirigeante d’un parti fédéral en Allemagne. Il y a rarement eu autant de chances que les BÜNDNIS 90/DIE GRÜNEN aient un chancelier.

Une ascension rapide au détriment de la reconnaissance

M. Baerbock est né le 15 décembre 1980 à Hanovre et a étudié le droit et les sciences politiques à Hambourg, Londres et Berlin. Elle a travaillé à Strasbourg et à Bruxelles et vit actuellement dans le Land Brandebourg. En 2005, elle a rejoint le parti vert allemand et est affectée à l’aile « réaliste » de son parti. Sensible aux sujets liés à la politique européenne, elle s’y est toujours impliquée au sein de son parti. Entre autres, en tant que porte-parole du groupe de travail fédéral sur l’Europe (2008-2013), membre du conseil d’administration du Parti vert européen (2009-2012) et, par exemple, membre de la commission des affaires de l’Union européenne du Bundestag (2013-2017).

De 2009 à 2013, elle a également été présidente des Verts de l’État de Potsdam. Depuis 2013, Baerbock est également membre du Bundestag allemand et, enfin, depuis 2018, aux côtés de Robert Habeck, président fédéral de BÜNDNIS 90/DIE GRÜNEN. Ces dernières années, elle a fait une ascension rapide dans la politique fédérale. Cependant, comme elle n’a pas encore été membre d’un gouvernement fédéral ou d’un gouvernement d’État, elle a été accusée de manquer d’expérience en matière de gouvernement, d’une part, et d’autre part, cela est précisément considéré comme une opportunité spéciale pour elle.

Une Europe “sûre d’elle, forte […] pour la protection climat”

Dans les médias, d’autres débats autour d’Annalena Baerbock ont également été polarisés, détournant l’attention des questions importantes de la campagne politique. En juin de cette année, Mme Baerbock a présenté son livre “Jetzt. Wie wir unser Land erneuern” (Maintenant : comment renouveler notre pays), dans lequel elle présente notamment ses objectifs politiques.

M. Baerbock souhaite notamment faire campagne pour une “Europe sûre d’elle et forte, une économie qui se réinvente” et “pour la protection du climat”. En mai 2017, elle a coécrit sept points pour un agenda européen franco-allemand. Le moteur franco-allemand y est désigné comme le garant de la cohésion européenne. L’introduction d’un prix minimum du CO2 dans le cadre d’une coopération renforcée et la nécessité de réformes en Europe ont également été initiées.

Le programme électoral actuel du parti au Bundestag indique également clairement que l’objectif est une bonne coopération avec les autres pays, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Europe. Selon les Verts, les grands défis de notre temps, tels que la crise climatique, les pandémies ou les inégalités dans le monde, ne peuvent être relevés qu’ensemble.

Un autre point fort du programme électoral est la protection climatique socialement juste comme “base d’un avenir digne d’être vécu”. Afin de pouvoir atteindre l’objectif de 1,5°C, un programme d’urgence pour la protection du climat doit être mis en place, qui prévoit notamment davantage d’investissements, un développement des énergies renouvelables, une élimination anticipée du charbon en 2030, des emplois sûrs et une allocation énergétique de délestage.

L’égalité dans tous les domaines de la loi et la lutte contre l’extrême droite comme mot d’ordre

Dans le domaine de la sécurité sociale, BÜNDNIS 90/DIE GRÜNEN demande, par exemple, une garantie et un salaire minimum plus élevé de 12 euros. Elle demande également un “concept global uniforme à l’échelle nationale pour les plafonds de loyer” qui supprimerait la limitation dans le temps du frein à loyer et le rendrait beaucoup plus strict. En même temps, il s’agit de poser les jalons d’une “bonne vie à la campagne et à la ville”.

Pour les Verts et Mme Baerbock, mère de deux enfants et candidate principale, les familles et les enfants sont également au centre des préoccupations. Plus précisément, le manifeste électoral mentionne une allocation de base pour les enfants ainsi que le droit à de bonnes crèches et écoles pour chaque enfant, quel que soit son lieu de résidence. Les Verts veulent rendre la formation continue possible pour tous, indépendamment du revenu des parents, et promouvoir une plus grande égalité en matière d’éducation par le biais d’une “sécurité de base dans l’éducation et les études”.

Dans tout cela, la coexistence doit être façonnée par leur “principe directeur d’unité dans la diversité”. Ainsi, dans la pratique, la “formation d’une société d’immigration critique à l’égard du racisme et équitable en termes d’opportunités” doit être inscrite dans la loi, l’égalité dans tous les domaines de la vie et la lutte contre les structures d’extrême-droite doivent être prioritaires.

Déjà une affinité avec le Président Macron

En ce qui concerne les relations franco-allemandes, on peut finalement dire que Mme Baerbock a rencontré M. Macron en février 2020 lors d’une longue conversation avec le chef de son parti, Robert Habeck, et qu’elle apprécie beaucoup les très bons échanges avec le gouvernement français ainsi qu’avec le président français, et qu’elle se réjouit de les approfondir encore après les élections au Bundestag. Grâce au parti BÜNDNIS 90/DIE GRÜNEN, on parle aussi davantage en France de la capacité des partis verts à gouverner. En outre, la ministre de l’environnement de Macron, Barbara Pompili, a fait savoir qu’elle serait membre du Parti vert en Allemagne, ce qui reflète la proximité du parti avec le gouvernement français.

Mme Baerbock se présente pour le mandat direct dans la circonscription de Potsdam au Bundestag, avec comme principal rival le candidat SPD au poste de chancelier, M. Scholz. Une victoire de la candidate allemande à la chancellerie lors des élections au Bundestag promet de donner un coup de fouet aux Verts au-delà des frontières et, plus particulièrement, de stimuler la politique climatique à Bruxelles.

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