Le candidat Norbert Röttgen

Le 33ème congrès de la CDU, le plus grand parti d’Allemagne, commence ce vendredi. Après presque deux décennies avec Angela Merkel à la tête du parti et du pays, une nouvelle ère s’ouvre pour la CDU. Trois candidats se disputent cette place et présentent des projets très différents pour leur parti et pour l’Allemagne. Mais l’élection d’un nouveau président ce week-end est bien plus qu’une question de personnage politique. Il s’agit du repositionnement d’un parti qui, pendant des décennies, s’est concentré sur la figure politique de Merkel et le tournant du parti qu’elle a impulsé, vers le “centre”. Beaucoup en Allemagne se demandent ce que la CDU représentera encore réellement dans la période qui suit l’ère Merkel.

Moritz nous donnera un aperçu de la situation. Il est membre de la CDU et des organisations de jeunes et d’étudiants du parti depuis plusieurs années. À la fin de ses études, il s’est impliqué dans la politique de l’éducation pendant deux ans en tant que président de l’Union des élèves de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et a fait connaissance avec son parti à différents niveaux. Moritz étudie actuellement le droit international et européen à l’université de Cologne et n’est chargé d’aucune fonction dirigeante au sein de la CDU ou de ses organisations. Nous espérons donc qu’il nous fournira une analyse complète et approfondie de cette conférence des partis. L’objectif est de montrer l’énorme influence que ce congrès de parti aura sur les élections au Bundestag à l’automne, sur l’avenir de l’Allemagne et donc aussi sur l’avenir du tandem franco-allemand.

Cette première série d’articles sur le congrès de la CDU sera suivie dans le courant de l’année d’une deuxième série sur les élections du Bundestag de septembre prochain. Ce sera alors l’occasion de mettre en lumière les autres partis et leurs candidats.

Enfin, Norbert Röttgen, le troisième candidat qui a officiellement posé sa candidature en premier. Norbert Röttgen est souvent qualifié d’ « ancien ». Il est surtout connu du public allemand pour avoir été ministre de l’environnement sous Merkel entre 2009 et 2012. Mais la carrière de Röttgen au sein de la CDU remonte à bien plus loin. Né dans une famille catholique de classe moyenne en Rhénanie en 1965, il a rejoint la CDU à 17 ans. Il a également été actif au sein de la Junge Union et est devenu en 1992 le président CDU de Rhénanie-du-Nord-Westphalie – une fonction que l’on peut qualifier de très importante au sein du parti. Röttgen a également étudié le droit à Bonn et a été admis au barreau en 1993 après son deuxième examen d’État. Un an plus tard seulement, Röttgen, à 29 ans, entre au Bundestag allemand – en même temps qu’Armin Laschet et Friedrich Merz. Après avoir obtenu son doctorat en droit à l’université de Bonn en 2001, il s’est d’abord distingué au Bundestag en tant que porte-parole du groupe parlementaire pour la politique juridique. En 2005, il a pris le poste de premier secrétaire parlementaire, ce qui est considéré comme une position puissante au sein du groupe parlementaire. Un poste auquel il a été amené par la nouvelle femme forte de la CDU – Angela Merkel. Merkel l’a laissé faire ses preuves pendant une autre législature avant de le faire entrer dans le cabinet ministériel fédéral pour l’environnement, de la protection de la nature et de la sécurité nucléaire en 2009.

Röttgen est devenu l’étoile montante de la CDU sous l’égide de Merkel durant ces années. Encore jeune homme politique, il était un avocat accompli qui connaissait les questions juridiques et la politique climatique et qui s’est fait le champion des questions modernes telles que la réduction de la bureaucratie. C’est à cette époque qu’il a reçu dans les médias le surnom de “Muttis Klügster”, le plus brillant des protégés de Merkel.

Enfin, en 2012, Röttgen a décidé de réussir à son propre compte. Il se présente contre l’ancien ministre de l’intégration, Armin Laschet, à la présidence de son parti en Rhénanie du Nord-Westphalie. Lors d’un référendum organisé par les membres, Röttgen a pu remporter les élections et est devenu le principal candidat de la CDU aux élections législatives de mai 2012, celles-ci ayant alors propulsé sa carrière. Si l’étoile montante de la CDU – encore dans la quarantaine à l’époque – avait remporté les élections et, avec elles, la puissante fonction de premier ministre du Land de NRW, on ne se poserait pas de questions aujourd’hui pour savoir qui succéderait à la chancelière. Cette élection a nourri son désir de vengeance. Lors de la campagne électorale, Röttgen s’est prononcé contre la très populaire – car proche du peuple – première ministre Hannelore Kraft (SPD) au sujet des impôts. Une question clé qui, comme on pouvait s’y attendre, n’a pas vraiment été prise en compte. En outre, il y a eu une campagne électorale qui était uniquement adaptée au candidat Röttgen en tant que personnalité politique de premier plan et qui avait notamment pour slogan “N.R.W. – Norbert. Röttgen. Wählen”. Entre-temps, l’impression s’est faite que Röttgen se voyait déjà gagnant. Il a finalement enterré toute chance de succès électoral avec le fait que, en tant que ministre de l’environnement en exercice, il ne pouvait se résoudre à déclarer clairement s’il resterait néanmoins à Düsseldorf en cas de défaite électorale en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. La campagne électorale pour les élections au parlement du Land de 2012 a montré aux citoyens que Norbert Röttgen était un candidat jupitérien – il n’a pas réussi à les convaincre par sa proximité avec le peuple.

La défaite a été dévastatrice. A la fois pour la CDU dans ce Land, car avec 26,3 %, elle subit là un score historiquement bas. Elle le fut aussi pour Norbert Röttgen à titre personnel – il a même perdu sa circonscription à Bonn avec 28,3 %, contre 45,8 % pour le candidat SPD Bernhard von Grünberg. Le soir même de l’élection, il a annoncé qu’il démissionnerait du poste de président de la CDU en NRW et laisserait également vacant le poste de chef de l’opposition à Düsseldorf – une place qu’Armin Laschet était heureux de prendre à sa place. Mais comme si cela ne suffisait pas, trois jours seulement après sa défaite, le Chancelier a proposé au Président fédéral de révoquer le ministre fédéral Röttgen en vertu de l’article 64 de la Loi fondamentale – une honte publique qui ne s’était produite qu’une seule fois dans l’histoire de la République. M. Röttgen avait suscité le mécontentement de Mme Merkel lorsqu’il avait tenté, via sa campagne électorale de faire légitimer la politique européenne de la chancelière. Après un appel à la démission de Merkel resté sans réponse, l’ancienne patronne a laissé tomber son ministre. Norbert Röttgen n’a jamais parlé des événements qui ont entouré sa défaite et son licenciement par Merkel depuis ces jours-là au printemps 2012 – il est difficile d’apprécier assez profondément à quel point cela l’a frappé.

Mais Norbert Röttgen veut en avoir le cœur net. Il a annoncé sa candidature le 18 février 2020 – une semaine avant ses rivaux Laschet et Merz. Aujourd’hui, M. Röttgen se présente à la présidence sous le slogan “#jetztvoran” et mène sa campagne avec la vision d’une CDU plus jeune, plus féminine et plus numérique. Cela inclut des demandes telles que la “reconquête” de la crédibilité de la politique écologique et climatique à l’aide d’un nouveau “green deal” avec les États-Unis et l’appel à une politique étrangère et de sécurité européenne renforcée. Röttgen est pour que l’interdiction visant à empêcher l’expulsion des potentiels islamistes radicaux vers la Syrie soit levée – une revendication presque « merzienne » – mais aussi en faveur du quota de femmes.

M. Röttgen est perçu comme très compétent, surtout dans les domaines de la politique étrangère et de sécurité, ayant fait de la politique étrangère son hobby après sa défaite en 2012. Depuis 2014, il est président de la commission des affaires étrangères du Bundestag allemand, il participe aux réunions du groupe Bilderberg et s’implique dans des groupes de réflexion réputés tels que le Pont de l’Atlantique ou la DGAP (Conseil allemand des relations extérieures). En se concentrant sur la politique étrangère, Norbert Röttgen touche le nerf de la guerre. Après tout, l’UE et le monde dans son ensemble se dirigent vers des temps incertains au début des années 2020.

On aurait presque envie de crier “Smart move !” à “Muttis Klügstem”, car dans les sondages aussi, Röttgen – initialement perçu uniquement comme un outsider – devient une menace de plus en plus sérieuse pour les deux grands pôles, Laschet et Merz. Ces derniers jours, Norbert Röttgen ne s’est pas lassé de souligner qu’il ne défend aucun camp. Il fait une offre aux délégués qui ne veulent pas choisir entre le “continuer comme ça” d’un Armin Laschet et le “revenir à” d’un Friedrich Merz. L’offre s’appelle Norbert Röttgen et une équipe hétéroclite de supporters, allant des étudiants aux membres du Bundestag, se réunit gratuitement sur Instagram avec le “#Röttgang”. La question de savoir si cela va convaincre les délégués est ouverte, mais c’est exactement pourquoi la candidature de Norbert Röttgen rend cette conférence du parti si passionnante.

“Muttis Klügster” sait mieux que ça. Il reste à voir s’il peut faire mieux.

La CDU a contribué à façonner et à maintenir l’Allemagne, le tandem franco-allemand et l’Europe dans son ensemble. Ce vieux et grand parti a toujours puisé sa force dans les centaines de milliers de membres qui ont su se rallier derrière un parcours clair. Mais le parti n’a jamais oublié que sa diversité, ses “ailes”, sont également importantes. Seul le leader qui parvient à lancer un débat qui définit à nouveau un cap clair, derrière lequel les quelque 400 000 membres de la CDU peuvent se rallier avec enthousiasme, aura du succès. Rien de moins est en jeu à Berlin à partir de demain

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