Les affaires étrangères et de défense dans le contrat de coalition de la « Ampel »

De Joël Crisetig

Dévoilé le 24 novembre 2021, le nouveau contrat de coalition entre SPD, Verts et FDP consacre de longues pages à la politique étrangère du nouveau gouvernement. Quelles en sont les grandes lignes ? A quelles ruptures faut-il s’attendre ?

A première vue, quelques nouveautés sont visibles. Le programme de coalition insiste sur la priorité absolue des moyens civils de règlement des conflits – développement humain, médiation civile – avant l’emploi de la force militaire en dernier recours. Le programme de coalition se veut ambitieux, avec une attention inédite apportée à l’Asie et à l’Afrique en plus de l’UE. Sous la pression des Verts, le gouvernement allemand devrait se montrer plus strict sur le respect des droits humains et de la démocratie dans ses relations avec le monde, et plus particulièrement avec la Chine et la Russie. Dans la même veine, les exportations d’armement seront davantage surveillées. Une manière de trancher avec le pragmatisme et l’attentisme merkeliens.

En revanche, à y regarder de plus près, il semblerait que le programme de la nouvelle coalition soit assez consensuel et dans la continuité de celui du précédent gouvernement: européanisme assumé, modernisation de la Bundeswehr, pas d’abandon de Nord Stream 2, ce pipeline censé acheminer du gaz russe en Allemagne et décrié par les Verts, achat de drones armés à usage défensif pour la Bundeswehr – sujet tendu chez les Verts les plus pacifistes, mais aussi dans certains cercles du SPD –, alignement probable sur les objectifs des 2% du PIB consacrés à l’armement réclamés par l’OTAN… Ce flou pourrait d’ailleurs conduire à de futurs conflits entre les partenaires de la coalition, les Verts ayant à cœurs de montrer qu’ils n’ont pas abandonné leurs fondamentaux humanistes face à une SPD et une FDP plus pragmatiques.

Et les projets franco-allemands dans tout cela ? Là aussi, les nouveaux partenaires ne semblent pas vouloir induire de rupture fondamentale avec la coalition précédente : les Etats-Unis et l’OTAN restent les garants de la sécurité européenne, là où la France reste le plus proche partenaire de l’Allemagne dans l’UE. Ce qui n’est pas de bon augure pour l’armée européenne voulue par le Président Macron, et qui ne lève pas le voile sur la réalisation ou l’annulation des projets d’armement européens, à savoir l’avion de combat SCAF, l’Eurodrone, la patrouille maritime MAWS et le char MGCS. Ces projets sont sous le feu des critiques outre-Rhin pour prix élevé et pour leur efficacité.

On ne peut donc certes pas reprocher leur manque d’ambition aux partis de la coalition « feu tricolore », mais de nombreux points d’ombre subsistent. D’autant plus que leur politique s’inscrit, malgré leurs déclarations, largement dans la continuité de celle d’Angela Merkel…

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