L’OFAJ: un système, deux pays

Par Rémy Spriet

Crée en 1963, l´Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) ne cesse de témoigner du rapprochement cultu(r)el entre la France et l’Allemagne. Notons cependant que ce projet n´est pas l´image d´une Europe unie, c´est au contraire le fruit d´une étroite coopération binationale franco-allemande à portée européenne.

„Ce que tu as hérité de tes pères, tu dois l’acquérir pour le posséder“

Johann Wolfgang von Goethe

Telle se veut être la devise de l’OFAJ, „fantastique laboratoire d´expériences sociales dans le franco-allemand“.  Issue d´un projet politique des deux exécutifs puis structurée afin de rapprocher les jeunesses françaises et allemandes „pour construire l´Europe“, l´OFAJ ne reste pas moins une institution à deux têtes (deux secrétaires de chaque pays la dirigent).

L´OFAJ constitue depuis sa fondation un cadre public, un „service public“, proposant des opportunités pour les jeunes de France et d´Allemagne pour apprendre à mieux se connaître.
Et les réalités de cet organisme sont indéniables : depuis sa fondation, l´OFAJ est au service de la coopération franco-allemande et a permis à plus de 9 millions de jeunes de France et d´Allemagne de participer à plus de 360 000 programme d´échanges. Les programmes d´échange de 6 mois, Sauzay, et de 12 mois, Voltaire, très connus chez les plus jeunes, ainsi que les volontariats et autres projets rassemblant nos deux jeunesses sont des exemples prégnants des réalités rattachées aux relations franco-allemandes.

Mais dès lors comment définir la nature de cet organisme ?

D’abord il ne s’agit pas d´un office européen dans le sens où chaque européen est représenté. En réalité il ne s’agit que d’un office franco-allemand ou “deutsch-französisch” selon la nationalité de l’interlocuteur qui l’évoque.

Ensuite, on peut dire que cet office est binational et que chaque tandem politique franco-allemand à la tête des gouvernements en oriente les projets.
Sous De Gaulle-Adenauer, l’office avait pour but de concrétiser les volontés politiques du président français face au chancelier fédéral. Sous Mitterrand et Kohl, le rapprochement européen des Etats a créé une ambiance de fond pour les relations franco-allemandes. Main dans la main, ce tandem franco-allemand incarne véritablement ce que l´OFAJ est au 20ème siècle : un office franco-allemand diffusant l’image d´une Europe réconciliée.

En réalité, ces projets franco-allemands sont le fruit de décisions intergouvernementales entre la France et l´Allemagne.

À y regarder de plus près, l´OFAJ du 20ème siècle n´est pas un projet européen, si l´on considère comme „européen“ un organisme réunissant des personnes appartenant à tous les pays membres de l´Union Européenne.

On peut même voir dans l´évolution des programmes de l´OFAJ une mise en pratique des volontés gouvernementales. Les secrétaires généraux consultent les chefs d´Etat pour définir leurs programmes lors de rencontres informelles ou lors de conseils des ministres franco-allemands.

Quelques exemples éloquents à ce sujet semblent confirmer ce lien entre orientation de la politique européenne de l´exécutif français et programmes développés de l´OFAJ envers la société civile.
Prenons les programmes aux „jeunes ayant moins d´opportunités“, il s´agit de programmes ayant pour but de faire participer „des jeunes qui, en raison de leur sexe, de leur appartenance ethnique, religion, orientation sexuelle ou en raison d’un handicap, sont touchés par la discrimination ou se trouvent par ailleurs dans une situation compliquée.“ Ces programmes touchent un public aux conditions socio-économiques particulières qui rappellent le programme de l’ancien président François Hollande, ce qui n´était pas le cas au début des années 1960.

Les programmes trinationaux actuels ouverts aux pays du Maghreb par exemple s´inscrivent également dans la continuité de la politique de l´ancien chef d´Etat français Nicolas Sarkozy avec son Union pour la Méditerranée alors fondée en 2008.

Enfin, prenons la création par le président Emmanuel Macron en accord avec la chancelière Angela Merkel du fonds citoyen pour réaliser le Traité d´Aix-la-Chapelle signé en janvier 2019. Celui-ci rappelle à nouveau le projet français d´ouverture culturelle à l´Allemagne „pour l´Europe“.

Ces exemples sont la preuve que l’OFAJ grandit en même temps que les gouvernements français et allemands se coordonnent.
L’OFAJ reste en outre un bel exemple de coopération binationale qui, malgré deux régimes politiques différents, a réussi au fil du temps, dans un contexte d’après-guerre aussi brulant que galvanisant, a tiré les leçons du passé et a rapproché deux jeunesses. Débordant d’idées, l’OFAJ, a également su s’adapter au XXIème siècle et aux attentes de la jeunesse alors en perpétuelle évolution, en restant à leur écoute et n’ayant pas peur de prendre des initiatives.

A propos de l’auteur

Rémy Spriet est Jeune Ambassadeur de l’OFAJ, étudiant en double diplôme franco-allemand en science politique à SciencesPo Lille et la Westfälische Wilhems-Universität de Münster.

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