Une nouvelle ambition pour la jeunesse franco-allemande

Par Léandre Lepers

Une jeunesse qui doit « échanger, se rencontrer et se comprendre mutuellement », tels sont les termes du traité de l’Elysée, signé par le Général de Gaulle et son homologue Adenauer en 1963. Pierre fondatrice du projet d’une jeunesse franco-allemande, cette sincère volonté des deux chefs d’Etat donna ainsi naissance à l’Office Franco-allemand de la Jeunesse qui eut la difficile mission de rapprocher deux jeunesses au lendemain de trois guerres et dans un temps où la communication n’était pas si évidente et naturelle qu’aujourd’hui.

Par une imagination débordante nourrie par une profonde motivation mais également un travail sans répit, l’OFAJ a réussi à faire tomber des barrières de langue, faire de la France et de l’Allemagne un unique grand terrain de jeu et de rencontre pour des milliers de jeunes ayant voulu tendre une main à son voisin en organisant des échanges scolaires, des rencontres thématiques. Ainsi, l’utilisation du terme de « jeunesse » franco-allemande au singulier semble être désormais acquise.

Néanmoins, le projet d’une jeunesse franco-allemande liée, nouée et amie semble, au moment de passer à la vitesse supérieure, battre de l’aile. Le travail sur la jeunesse franco-allemand mériterait une seconde impulsion, permettant de passer du stade de rencontre et d’échange avec le voisin au stade de collaboration sous la forme d’études franco-allemandes et par la suite dans le monde du travail.

Trop peu nombreux sont les élèves de troisième qui connaissent la formation Abibac, trop peu nombreux sont les élèves de terminale qui, à la veille de leur choix d’étude, n’ont jamais entendu parler de la plateforme de l’Université Franco-allemande.

Édifice du projet franco-allemand, l’éducation et la formation franco-allemande semble cruellement manquer de visibilité et clarté. Les voies d’apprentissage de l’allemand en France sont nombreuses mais peu de visibilité leur sont accordées. En effet, si pour certains étudiants franco-allemands leur arrivée dans un cursus binational semble naturelle compte tenu de leurs origines binationales, pour d’autres, elle relève parfois de circonstances heureuses mais qui tiennent à un fil. Trop peu nombreux sont les élèves de troisième qui connaissent la formation Abibac, trop peu nombreux sont les élèves de terminale qui, à la veille de leur choix d’étude, n’ont jamais entendu parler de la plateforme de l’Université Franco-allemande. Ce sont ces deux organismes qui devraient pourtant servir de tremplin à cette jeunesse binationale. L’apprentissage approfondi de la langue allemande tout comme la découverte de la culture du pays voisin semble n’être bloquée que par elle-même. L’atout que représente la maîtrise de la langue allemande est une évidence, 70% des étudiants sortant d’un cursus sous la tutelle de l’UFA ont trouvé un travail en moins de trois mois, l’allemand est la deuxième langue la plus recherchée sur le monde du travail. Ainsi, la formation franco-allemande aurait tous les arguments pour réussir mais resterait trop peu populaire.

Ceci peut s’expliquer par une certaine crainte des étudiants français à apprendre l’allemand, langue considérée compliquée ou la crainte de se lancer dans des études franco-allemande, l’attractivité du pays n’étant pas jugée à sa juste valeur. Malgré un travail de réconciliation acté depuis les dernières décennies, les préjugés restent palpables dans les populations et même si généralement elles ne relèvent que de l’humour, elles peuvent parfois fonder une réelle appréhension du voisin, de sa langue et sa culture. Cette appréhension pourrait s’effacer en étant lancé dans le grand bain, encore faudrait-il que l’on sache de quelle manière et dans quel but.

Pour une uniformisation des cursus dès le collège

Tout l’enjeu du passage de la deuxième vitesse dans ce projet réside alors spécifiquement dans la communication et la mise en lumière des opportunités existantes dans le monde franco-allemand. Celle-ci ne peut être qu’efficace si les canaux sont de leur côté tout autant clairs et accessibles. Ainsi, il s’agirait alors d’uniformiser les cursus d’apprentissage de l’allemand en France, du français en Allemagne au niveau secondaire et ce dès le collège. En prenant l’exemple du cursus Abibac qui est très efficace mais arrivant trop tard dans le parcours scolaire d’un élève, appliquer ce format dès la sixième pour les élèves volontaires pourrait créer une attache encore plus forte à l’autre pays. Celui-ci serait alors doté d’un programme d’histoire-géographie commun pour les deux systèmes scolaires, de cours de littérature dans la langue étrangère, d’échanges réguliers avec un lycée partenaire de l’autre côté du Rhin qui servirait de réel partenaire et surtout de régulières interventions de l’UFA afin de promouvoir les débouchés franco-allemands dans le supérieur.

Avide d’apprendre et ayant beaucoup à apporter, la jeunesse est sans nul doute le levier sur lequel il a toujours fallu et il faudra encore miser pour faire du couple franco-allemand un duo encore plus stable et de celui-ci une pièce maîtresse de l’approfondissement de la construction européenne.

Illustration de René Leroy

Comments (2)

  • Bravo pour cette réflexion. Certains français sont quand même privilégiés, je veux parler des alsaciens…, puisque nos petits enfants pratiquent le français et l’allemand depuis l’école maternelle . Mais il leur manque quelque chose de très important, c’est d’avoir des correspondants allemands et de faire des échanges avec les écoles allemandes si proches de chez eux..
    Bonne continuation à tous.

    Solange FAURE
    Répondre
  • Bonjour,
    L’idée d’une DNL (discipline non linguistique) enseignée en allemand (il est question dans l’article de l’histoire géo) est trop élitiste. Combien de collège en France pourront la proposer ? Dans le sud-ouest de la France où j’enseigne, je n’ai aucun collègue qui maîtrise assez bien l’allemand pour pouvoir l’enseigner en histoire-géographie. Je pense que c’est un problème plus vaste de perception du voisin européen. Les préjugés sont tenaces et de plus en plus. Les professeurs d’allemand sont laissés seuls avec la responsabilité de rendre l’enseignement de la langue allemande attractif. Le problème est là : il vient d’une volonté politique. Quand l’allemand disparaît d’un collège, beaucoup s’en réjouissent car on gagne des heures. Quand il n’y a que 12 élèves qui choisissent allemand, l’allemand coûte cher. Tant que la logique comptable régnera dans l’éducation nationale, il sera difficile de faire évoluer les mentalités.
    Julie Benketira, professeure agrégée d’allemand, Charente-Maritime

    BENKETIRA
    Répondre

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